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Lorsque l’on évoque Mauricette Mas, la première pensée qui vient à l’esprit, c’est une gentillesse extrême. Plus exactement une sorte de charme indéfinissable.

Sa naissance au Maroc, où elle a vécu jusqu’à la fin de son adolescence, y est certainement pour beaucoup… l’esprit d’hospitalité,  l’habitude des grandes tablées et de la cuisine riche (elle était une excellente cuisinière), un sens inné du contact humain, de l’écoute des autres, l’habitude de régler les problèmes jamais de manière frontale mais toujours indirecte faisaient d’elle la confidente idéale mais aussi la conseillère avisée et la cheville ouvrière incontournable des grandes entreprises et aventures humaines auxquelles elle a participé tout au long de sa vie, qu’elles soient associatives, familiales ou bien sûr politiques.

Il y avait aussi chez elle un certain detâchement, une certaine distance, une sorte de regard amusé et presque moqueur vis-à-vis de la vie qui provenaient bien évidemment de la nostalgie, profonde et imprescriptible, inspirée de ce Paradis perdu qu’a été pour elle – et pour un certain nombre d’entre nous – l’Afrique du Nord française.

Lorsqu’on a vécu jeune, comme elle, cette sorte d’arrachement, il semble que l’on acquiert une philosophie du détachement par rapport aux événements et aux biens matériels mais aussi que l’on développe dans le même temps un attachement au contraire plus fort pour les choses immatérielles – si l’on peut dire ! – en clair, pour tout ce qui touche à notre manière de vivre, nos valeurs morales et notre civilisation.

Débarquant de Meknès à 20 ans, elle était venue à Avignon pour étudier aux Beaux-Arts. Elle en gardera un amour profond, pour la peinture, l’art sous toutes ses formes et le Beau en général. Elle transmettra largement tout cela à ses deux filles délicieuses, Emmanuelle et Fabienne, toutes les deux artistes, très actives et rayonnantes respectivement dans la peinture et le spectacle vivant.

Personnellement, j’ai connu Mauricette en 1988 grâce à Raoul Colombe, figure attachante et courageuse de la Cité des Papes. A sa suite, j’ai repris pour notre mouvement la direction de la circonscription d’Avignon dont Jacques Bompard m’avait confié la charge.
Et nous avons créé une bonne équipe autour de Mauricette, le colonel Planchon, Hubert Carme, Paul Ruat et Mathieu Gallian.
Nous avons connu ensemble des grands moments comme notre élection en 1995 au Conseil Municipal d’Avignon (Mauricette est alors élue pour la première fois)  et aussi ses grands drames comme l’assassinat de notre militante Françoise Combier le 31 Octobre 1989 au pièd du Palais des Papes.

Grâce à Mauricette, nous avons tous beaucoup appris – et moi le premier – sur la nécessaire dimension humaine du combat politique. Tout le monde l’aimait. Je crois que c’était une évidence. Plus que pour tout autre, on peut dire que sa passion de la politique était étymologiquement au service de la cité. Et que son engagement dépassait l’appartenance partisane : la présence de vous tous dans cette belle église de Saint Ruf le prouve de façon éclatante… depuis sa chère famille, la foule des amis et de nos militants jusqu’à Monsieur le Maire-Adjoint d’Avignon, Monsieur le Président du Grand Avignon et les nombreux élus de tous les partis.

Mauricette aimait beaucoup la jeunesse et était résolument tournée vers l’avenir. Elle laisse derrière elle trois petits enfants, Leïa, Lucas et Yan, qui l’adoraient.

Alors, si le degré de civilisation se mesure à la capacité de transmettre un patrimoine sous toutes ses formes… historique, culturelle, linguistique, esthétique, spirituelle… on peut sans doute dire que Mauricette a pris une large part, et plus encore, dans cette œuvre immense, exaltante mais épuisante de transmission de notre civilisation.

Certainement épuisée au terme d’une vie toute tournée vers les autres, elle est partie sans un mot, discrètement et humblement presque à l’improviste comme il est dit dans l’Evangile.

Car la disparition de Mauricette nous rappelle aussi qu’il existe un Au-delà où une paix immense vient récompenser – si Dieu veut et quand Dieu veut – ceux qui, dans tous les combats et passions de la vie, ont su « attacher leur char à une étoile ».

Thibaut de La Tocnaye.